Un site ECT devient un milieu favorable à l’œdicnème criard

14 février 2022

Rencontre avec Eddie Farcy-Jirot, écologue à la Direction des Routes d’Ile-de-France (DiRIF) :  

L’Œdicnème criard est un oiseau aux grands yeux jaunes et au cri strident. Cet oiseau migrateur est une espèce protégée en Europe. Il est dans les listes rouges mondiale et européenne des espèces menacées. La direction des Routes d’Ile-de-France et ECT collaborent depuis plusieurs années pour l’établissement d’une zone de compensation sanctuarisée en faveur de cet oiseau. Comment ? en créant un milieu favorable à l’établissement de l’oiseau. Où ? sur le site d’ECT de valorisation de terres excavées à Villeneuve sous Dammartin (77) 

Quel est le contexte de la création d’une zone de compensation pour l’Œdicnème criard sur un site d’ECT à Villeneuve-sous-Dammartin ?

Dans le cadre des travaux pour réaliser le contournement Est de Roissy constituant le prolongement de la Francilienne et qui doit offrir à l’aéroport un nouvel accès, notamment dans le cadre des JO 2024, l’inventaire écologique a révélé la présence d’œdicnèmes criards. Sur le site des travaux routiers, toutes les zones favorables à l’Œdicnème criard n’ont pas pu être sauvegardées. il importait donc d’aménager une nouvelle zone adaptée à cette espèce.

Cet oiseau apprécie les milieux thermophiles. C’est-à-dire des milieux secs, rocailleux, plutôt exposés au soleil et donc chauds. C’est un oiseau crépusculaire et nocturne. On le voit peu. mais on le reconnaît aisément à son cri. Il s’agit d’un oiseau migrateur dont l’espèce est protégée au niveau européen. Il a, en effet, la particularité de nicher dans les anfractuosités du sol. Cela rend les œufs et les poussins très vulnérables. Il a quasiment disparu d’Allemagne et des Pays-Bas. Il y a donc ici un fort enjeu patrimonial de protection de l’espèce.  En effet, la Plaine de France semble désormais la limite de présence de population de l’Œdicnème criard la plus au nord en Europe.

Pourquoi avoir choisi le site de Villeneuve-sous-Dammartin ?

Une zone de compensation écologique recrée un espace favorable à l’espèce. Avec le bureau d’études Aliséa, nous avons cherché à recréer un milieu écologiquement équivalent. C’est pourquoi le site d’ECT à Villeneuve-sous-Dammartin semblait parfaitement approprié. Il se situe à proximité de l’habitat initial. il permet de reproduire un milieu thermophile. ECT a été très sensible aux enjeux pour l’oiseau. L’entreprise a accepté très rapidement de dédier 2 hectares. Et a reconstitué d’un milieu favorable : un espace vaste, ensoleillé, pierreux pentu, pouvant attirer l’Œdicnème criard.

Pour créer et pérenniser ce site de compensation écologique, une convention a été établie entre l’Etat et ECT. Cette convention décrit les engagements écologiques et environnementaux liés à la compensation et établit une zone de 2 hectares sanctuarisée pour trente ans.

Quelles sont les constatations du suivi annuel de la zone ?

La réglementation qui encadre cette zone de compensation prévoit un suivi annuel. En 2020 et 2021, les suivis organisés en été, au crépuscule et à la nuit. ils ont conclu à la présence de l’Œdicnème, mais sur une zone proche de celle qui lui est directement dédiée. L’idée a alors été de renforcer l’attractivité de la zone de compensation. Le site prévu était probablement trop exposé aux prédateurs.

Les équipes d’ECT ont effectué un travail remarquable et ont modifié le site. Désormais, il déploie un profil plus ressemblant au milieu initial : un talus constitué de terres et de gravats. Il est très intéressant que trois zones différentes aient ainsi été remodelées par ECT, avec plus ou moins d’exposition. Ainsi, les écologues vont pouvoir observer le comportement de l’oiseau face à cette mosaïque de milieux. L’ingénierie écologique n’est pas une science exacte. C’est plutôt une science des hypothèses. Un tel dispositif va nous permettre d’avancer dans la connaissance de l’oiseau.

Et que souhaiter pour la suite ?

Toutes les équipes espèrent que l’Œdicnème criard va être attiré par ces nouveaux aménagements. Et que nous pourrons observer l’oiseau lors du prochain suivi annuel directement sur la zone de compensation. Créer des zones sanctuarisées en faveur d’une espèce menacée constitue un intérêt pour la biodiversité en général. Car ces zones deviennent également propices à une cohorte d’autres espèces dont certaines sont également menacées. Ainsi, les efforts déployés pour l’Œdicnème criard à Villeneuve-sous-Dammartin sont également favorables pour des espèces protégées affectionnant le même type de milieu comme l’Œdipode turquoise, criquet aux ailes bleutées, ou le petit Gravelot, oiseau déjà observé sur le site.

Note : l’Œdicnème criard fait partie de l’annexe I de la Directive européenne « Oiseaux » de 1979. Les 74 espèces classées en annexe I bénéficient de mesures de protection spéciales de leur habitat qui seront donc classés en Zone de Protection Spéciale (ZPS). Il s’agit des espèces menacées de disparition, des espèces vulnérables à certaines modifications de leur habitat, des espèces considérées comme rares (population faible ou répartition locale restreinte), et des espèces nécessitant une attention particulière à cause de la spécificité de leur habitat, ainsi que les espèces migratrices dont la venue est régulière.

 

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