« Terres en mouvement », une exposition avec l’ENSP

Biennale d'architecture et de paysage de Versailles

L’Exposition « Terres en mouvement », 1er acte de la chaire « Terres et paysage », fruit d’un partenariat entre l’Ecole Nationale Supérieure de Paysage de Versailles et ECT

L’exposition au sous-titre évocateur « un examen des paysages de remblais en Ile-de France s’est déroulée le cadre prestigieux de la Figuerie du Potager du Roi, pendant la Biennale d’Architecture et de Paysage de Versailles, en juin 2019. Avec 2 commissaires d’exposition Marie-Laure Garnier, paysagiste Dplg et Romain Bocquet, paysagiste Dplg-jardinier.

Le succès de cette exposition a conduit ECT et l’ENSP à décider de la réalisation d’un catalogue numérique qui préfigure la conception d’une ligne graphique dédiée aux travaux de la chaire « terre et paysage.

Un examen des paysages de remblais en Ile-de-France

La fabrique de la ville est génératrice d’un volume considérable et croissant de terres inertes. Extraites du sol et du sous-sol, elles font l’objet d’opérations de stockage et de réemploi, à l’origine de nouveaux paysages.

Dans le cadre du partenariat que l’ENSP a mis en place avec ECT, l’exposition se proposait de rentrer dans les coulisses de cette fabrique du paysage. L'objectif est ainsi de porter un regard renouvelé sur ces espaces de remblais, « construits », totalement anthropiques, dont le paysagiste orchestre le mouvement et l’agencement. Ainsi, l’exposition a pu rendre compte des qualités d’usages, des qualités environnementales et paysagères qui peuvent s’y exprimer.

Les sites contemporains d’Ile-de-France dont la réalisation récente est ou à été gérée par ECT ont servi de lieu d’analyse, en écho avec des lieux historiques de remblais : le Potager du Roi, le Parc Georges Valbon de La Courneuve ou la Colline d'Elancourt

Cette exposition a également présenté pour la première fois le travail de la photographe Anne-Marie Filaire, missionnée par ECT.

Le Potager du Roi et la fertilité des remblais

La transformation d’un paysage de marais, non cultivé et non cultivable en l’état, en paysage nourricier, a nécessité de grandes transformations, à la fois dans l’architecture des lieux, mais aussi dans l’apport d’éléments extérieurs.

Architecture de jardin

Le Potager du Roi, « jardin à la française » d’architecture classique, possède une composition paysagère très travaillée, ordonnée, géométrique, alliant des formes simples rectangulaires et circulaires. Des carrés qui le composent et forment un tout cohérent, organisés autour d’un bassin central,se dégage une impression générale d’ordre et d’harmonie.

Peut-on imaginer pourtant que cette harmonie est aussi au XVII° siècle le rangement judicieux des déchets d’une ville nouvelle, Versailles ?
On retrouve, dans certaines allées carrossables, dans les terrasses de remblais et même dans certaines parties du jardin, des tessons de porcelaines, des morceaux de marbres, de briques, des objets fêlés, mis là pour combler des trous, des ornières, des dos d’âne …

Dans certains murs palissés, mêlés à la meulière, se retrouvent des éléments de bancs du Potager lui-même, datant du XVII° siècle ou plus tard encore. L’un d'eux, révèle une plante sculptée, clin d’oeil malicieux à la massette, plante des marécages, ou lys stylisé, symbole de la monarchie ?

Le Potager du roi

Le Potager du Roi à Versailles

Le Parc Georges Valbon de La Courneuve

Le Parc Georges Valbon de La Courneuve

Le Parc de La Courneuve, une composition paysagère

Rétrospective d’un parc
In / Mémoires d’un Parc (à partir d’une recherche d’Elizabeth Duval) (La Courneuve, le Parc, 1925-2005-Allain Provost)

1925 : Le département de la Seine acquiert 410 hectares situés dans la Plaine de la Courneuve et dépendants de cinq communes : La Courneuve, Stains, Dugny, Saint-Denis et le Bourget. Son intention est de créer une cité satellite.

1934 : La préfecture de la Seine suggère de créer là une vaste promenade verte qui serait le pendant nord du parc de Sceaux, au sud. Les dix communes voisines comptent une population de 300 000 habitants, on espère un accroissement de 600 000 habitants un demi-siècle plus tard. Des travaux
d’assainissement ont lieu, pouvant être considérés comme la première étape vers la réalisation du parc.

1956 : un arrêté préfectoral désigne Albert Audias de la Préfecture de la Seine comme paysagiste d’opération. Il s’agit d’une première étude sur une superficie d’environ 500 hectares. « L’idée n’est pas de faire du futur parc un bois de Boulogne ou de Vincennes et de le traiter comme un parc parisien, ni d’en faire une vaste forêt. Il s’agit d’un parc de proximité dans une région industrielle et peuplée, défavorisée en espaces verts publics. »

1970 : Création des nouveaux départements,
Première tranche, conçue par Audias, prévue pour être ouverte au public le 1 juillet 1970 (ordre du préfet).
Deuxième tranche : Audias ne peut être le maître d’oeuvre

1971 : Le premier concours national de paysagistes pour désignation d’un maître d’oeuvre est organisé pour le parc.
19 équipes concourent. Allain Provost, Gilbert Samel, J.M Whalley sont déclarés lauréats. Leur association dure plus de trente-trois ans.

La colline d'Elancourt, une petite leçon de géographie

C’est l’histoire de champs retroussés. De villes nouvelles qui se construisent dans les années
1970. Saint-Quentin-en-Yvelines, Elancourt, Montigny-le-Bretonneux...

C’est l’histoire d’une carrière de pierre meulière inscrite dans une logique de crête. La carrière y forme une sorte de dent creuse.

C’est l’histoire des décombres d’une ville, de ces déchets qui remplissent peu à peu la carrière.

C’est l’histoire d’une carrière qui inverse son relief, grandit peu à peu, se transforme en colline.

C’est l’histoire d’une colline qui devient la plus haute colline d’Ile de France. Son point culminant, 231 mètres de hauteur, construit avec les déchets
de la ville en mouvement, couverte de terre, recouverte de végétation.

C’est l’histoire d’une colline qui veut se faire montagne. Qui en prend déjà les atours, se vêt d’un adret et d’un ubac [...]

la colline d'Elancourt © Marie-Laure Garnier

la colline d'Elancourt © Marie-Laure Garnier

Site d'ECT à Annet-sur-Marne © Marie-Laure Garnier

Site d'ECT à Annet-sur-Marne © Marie-Laure Garnier

A Annet-sur-Marne, quand la vallée se lève

C'est une vallée qui se lève à l'envers. A rebrousse-poil des vallées habituelles, sculptées par l'érosion de l'eau qui ravine et érode leurs pentes. Ici, c'est la terre qui se lève et qui s'installe autour, respectueusement, des pylônes électriques.

Politesse de la terre qui évite les pieds aériens des pylônes, le terrain naturel qui les porte deviendra, au fur et à mesure de l'exploitation de l'isdi, le futur talweg d'une vallée artificielle,aux bords élevés par les remblais successifs. formera un nouveau bassin versant, guidant l'eau en son creux, propice à une végétation de zone humide.

C'est ce que l'on commence à voir, qui existe déjà, et qui se répète, se retrouve sur d'autres sites : la rencontre de lignes électriques et des installations de stockage de terres inertes instaure un dialogue paysager inédit, où la terre vient border, éviter les pylônes, créer des vallonnements, parfois des fenêtres ou des percées dans la surrection des collines artificielles. [...]

A Moissy-Cramayel, les champs prennent de la hauteur : Evolution des paysages ville-campagne

C’est la clef d’un mouvement dans l’évolution des paysages que l’on perçoit ici. Ou comment les grands projets d’aménagement engendrent toute une dynamique territoriale qui transforme les paysages franciliens.

Les infrastructures (routières, ferroviaires, etc.) créées ouvrent un sas dans la possibilité de bâtir. Les buttes acoustiques engendrent une protection
phonique autour de parcelles qui bloquent les nuisances sonores. Tout d’un coup, un lieu peu favorable à la construction comme peut l’être par exemple une surface agricole en bordure de route, devient un lieu possible d’aménagement urbain.

La ville s’étend, conquiert des zones agricoles. Les buttes artificielles liées au dépôt des terres offrent une protection acoustique aux nouveaux habitants, mais aussi, paradoxalement, un refuge aux champs… Car sur une butte on ne bâtit pas : la terre, moins tassée que le terrain naturel, ne garantit pas une portance suffisante pour les fondations des habitations. Rien n’empêche cependant que les terres remblayées aujourd’hui, inertes, ne forment à nouveau des champs, des prés, des bois et d’autres formes de surfaces agricoles.

La modification de la topographie, de la qualité agronomique des terres, liée à la mise en dépôt de terres végétales durant de longues années, ainsi que l’apport de remblai n’ayant pas forcément les mêmes caractéristiques physiques, le même PH, la même vie microbienne que les terres précédentes, impliquera peut être de nouveaux usages ou modes de culture.

Peut-être verra-t-on un retour de l’élevage sur ces pentes, pour amender les terres, ou refleurir certaines pratiques de labour avec des bêtes de trait pour améliorer le travail du sol. Les buttes artificielles construites aujourd’hui, plus encore que des aménités paysagères offertes aux nouvelles populations habitant au pied des buttes, seront peut-être dans les zones à forte pression foncière, l’un des rares espaces agricoles demain.

Sur ces lieux, tout est encore à inventer.

Site d'ECT à Moissy-Cramayel © Marie-Laure Garnier

Site d'ECT à Moissy-Cramayel © Marie-Laure Garnier

Site d'ECT à Forges © Marie-Laure Garnier

Site d'ECT à Forges © Marie-Laure Garnier

Forges, quand la vallée se transforme en colline

On voit au loin le cordon boisé qui marque la bordure du plateau du PNR de la vallée de Chevreuse.
La carrière qui se cache. Les plis des champs. Les rebords de boisement.

Avant le stockage des terres, il y avait une carrière d’argile pour briques réfractaires… Entre les mailles diffuses des arbres, une plaine aux pentes douces forme en son talweg une petite vallée, des plans d’eau sur la terre. Différentes couleurs de terres, beige, brun, bleu, se marient.

Des repères orange, à un mètre du sol que l’on foule, semblent montrer, comme des balises en mer, le futur niveau de la terre. Nous sommes encore dans le dessous des terres. Il ne faut plus en tenir compte. Entre la première demande d’exploitation et la seconde, le projet a évolué, le volume des terres en prévision s’est accru. Au point que tout d’un coup le point haut d’aujourd’hui devienne un point bas demain, et qu’une partie de la vallée se transforme en butte.

Au sein du site, l’eau est une problématique importante : en bordure de site, un talus SNCF porte une voie de TGV. Au pied du talus, l’eau s’accumule et risque de rendre le remblai instable. Actuellement, l’eau est pompée en permanence. Le futur projet d’ECT sur le site tente de résoudre la difficile équation. [...]

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